Pour moi, et cela depuis que je suis capable de construire des pensées complexes, la perfection silencieuse d'une nuit étoilée a toujours représenté la mort. En été, il m'est déjà arrivé de me coucher dans le gazon, le regard rivé sur un ciel noir piqué d'argent. Aucun nuage, seulement le bruit du vent dans les arbres qui renforce le silence accablant. Soudain, il n'y a plus rien d'autre que le ciel et moi. Un minuscule moi, immergé dans la nuit, coincé entre deux galaxies pourtant si lointaines. L'immensité de la voute céleste, l'infinité du nombre d'étoiles.
Perdue dans cette éternité sans couleur ni forme, je me sens à peine respirer. J'ai l'impression que mon corps n'existe plus, cependant un sentiment de solitude me transperce le coeur. Une angoisse insensée s'empresse d'entacher mon âme et ma raison. A cet instant, je comprends la mort : néant et solitude incommensurable. Au dessus de moi, tout est immobile, figé, tout est sombre, froid, ou innombrable. Mourir, je sais que je vais mourir bientôt. Même ces lueurs que j'aperçois ne sont pas rassurantes. Elles sont les spectres d'étoiles disparues depuis des millénaires. Je ne veux pas mourir, je ne veux pas disparaître ! Je commence presque à paniquer.
Quand je détourne enfin la tête, je vois de l'herbe et même une petite sauterelle. Je sens cette herbe sous mes doigts, l'odeur du foin dans les champs, et je me rappelle que je suis capable de marcher, de parler, de ne plus regarder ce ciel qui m'effraie.
Je me souviens : quand j'avais environ 4 ans, mes parents m'avaient emmenée visiter un planétarium. J'avais failli pleurer tellement j'avais eu peur, peur du vide et de l'infini.
Aujourd'hui encore, je refuse de regarder la mort dans ses centaines de milliards d'yeux scintillants.
